Frontières /// 05 2011
Frontières
La frontière permet un acte de passage. Elle permet de définir une « forme » car elle marque un dehors et un dedans. Elle se doit d’exister comme le défend Régis Debray dans son « Eloge des frontières », en réponse à l’homogénéisation mondiale et la création d’un global marketplace. Mais la frontière n’est pas un mur.
Aussi, il est étonnant, je trouve, d’imaginer remettre en cause la convention de Schengen, comme cela l’a été évoqué par des responsables politiques récemment. Quoi qu’on dise sur la construction européenne - lente, technocratique, normative, libérale … - il me semble que la création d’un espace commun de libre circulation des personnes est un acte éminemment symbolique et progressiste : ouvrir les espaces c’est élargir son regard, regarder autrement. De plus, cet espace commun n’est pas sans ces frontières qui n’ont jamais cessé d’exister, mais il a ouvert des murs. Réels et culturels.
Aujourd’hui on érigerait des murs pour bloquer l’accueil des tunisiens que l’on ne sait pas recevoir après les révolutions du « printemps arabe » ? Alors qu’il faudrait les accompagner à passer nos frontières, parce que cela permet d’affirmer nos distinctions et nos diversités et ainsi élargir les contours de notre environnement, étendre notre regard, faire progresser le dehors et le dedans.
Où est passé « l’agir local pour une pensée globale » énoncé par Jacques Ellul, penseur de la technique, comme un moyen d’action concret dans une société mondialisée ? Ou cette pensée de Miguel Torga « l’universel c’est le local sans les murs », comme un moyen symbolique de se penser dans toutes les proximités ? On se targue de penser à l’échelle monde, mais l’on agirait encore et toujours dans un local avec des murs ? A l’heure des réseaux numériques et des processus pour re-élaborer et re-penser un monde en révolution, ce n’est plus possible !
A ZINC en mai, cela se passe à la Belle de Mai, à la Ciotat et au Caire, dans le réseau Internet, encore « sans frontières ».
Bon printemps. Emmanuel Vergès



