Je est un autre. (Oui mais lequel ?) /// 03 2010
Je est un autre. Oui mais lequel ?
Personne n’ignore que la question de l’identité est / fut au cœur d’une tempête médiatique, qui, si elle n’a pas fait de mort, a frappé, profondément.
Or co-existent actuellement deux paroles qui questionnent bien plus fortement cette notion, à travers le qui est « je » et qui est « on » ?
Récemment Florence Aubenas (qu’on ne présente plus selon la formule consacrée) a sorti un livre, « Quai de Ouistreham ». Pour faire rapide, c’est le récit de six mois d’immersion dans le monde des travailleurs précaires. Je n’ai pas lu le livre et n’ai, ici, aucun jugement sur le principe. Pourtant interviews après interviews entendre Florence Aubenas à la radio, télé, et la lire dans les journaux créé un certain malaise. Elle y répète « On ignore ce qui se passe vraiment pour cette France ». Mais c’est qui ce « on » ? Est-ce le milieu dans lequel elle évolue ou est-ce les gens à qui elle s’adresse à ce moment-là ? C’est troublant car, par définition, lorsqu’on s’adresse aux gens dans les médias, on s’adresse à tous, y compris aux millions de gens qui vivent dans cette pauvreté, et qui donc n’ignorent strictement rien de « ce qui se passe en réalité ». On est en droit de se questionner, ce livre ne s’adresse t’il donc pas aux gens dont il parle ?
Une autre parole médiatique ne cesse de me troubler depuis quelques temps. C’est celle du porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, non pas pour ce qu’il raconte (c’est trop facile !) mais par l’emploi du « je » qui émaille ses interventions. Il est en effet censé faire l’interface entre le parti de la majorité politique de ce pays et les gens qui le composent, or je crois bien ne l’avoir jamais entendu dire « nous ». Qui y a-t-il derrière ce « je » systématique en politique quelle que soit sa mission ? Qu’il n’est plus nécessaire, voire ringard, de parler à partir de la mission qui a été confié, mais plutôt à partir de sa personne ?
Pardon pour les "enfonçages" de portes ouvertes, mais cette double révolution du « on » excluant, et du « je » englobant, raconte sans doute bien plus des questions d’identité de la France d’aujourd’hui que tout autre débat nauséeux.
Céline Berthoumieux



