Je te vois /// 06 2009
Il est une référence fondamentale, un livre absolu qui donne le sentiment d’avoir su avant tout le monde ce qui allait advenir de la société occidentale post industrielle. Ce livre, c’est, vous vous en doutez, « 1984 » de George Orwell.
Comme il est étonnant de voir, parfois, l’actualité rentrer si violement en collusion avec la dystopie du roman.
Tout d’abord il y eu l’affaire du « Sarkozy, je te vois ». Un professeur taquin et marseillais, pour s’opposer à un contrôle d’identité musclé, s’adresse, dans l’espace public, au chef de l’état, comme si ce dernier, à l’instar de Big Brother surveille et contrôle ses ouailles derrière une multiplicité d’écrans. Il a été arrêté, jugé et condamné à une amende de 100 euros…
Dans le même temps, les communicants de ce même chef d’Etat mettent en ligne sur sa page Facebook une vidéo dans laquelle son épouse met en scène (en obscène ?) leur intimité, le gratifiant d’un « bon courage chouchou » des plus déroutant, vu la présence de la caméra chargée de capter la trace d’une rencontre dans les salons privées de l’Elysée, entre la première dame et des lectrices d’un hebdo. Mais ce qui est encore plus déroutant est que ce profil Facebook est, à part cette vidéo, entièrement consacré à « l’agenda présidentiel ». À l’heure des lois Lopsi et Hadopi, restreignant les libertés individuelles, que signifie cette volonté soudaine de paraître moderne ?
Contrôle et surveillance, contrôle et manipulation ?
Et si Orwell avait prévu que contrôler passerait forcément par l’omniprésence de caméra et la confiscation des média de masse, que les sphères privées et publiques se brouilleraient dangereusement, il n’avait pas envisagé que Big Brother pourrait revêtir les oripeaux d’un « entertainer ».
Céline Berthoumieux, et l’équipe de ZINC



