Pour un usage responsable de la culture /// 07 2011
Pour un usage responsable de la culture
La campagne de communication de la Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet, plus connue sous le nom de Hadopi, a commencé en juin, à la télé et par panneau publicitaire dans nos villes. La haute autorité suit la mise en application de la loi Hadopi votée en 2009 et promeut « des usages responsables de la culture ». Les spots ou les affiches nous annoncent en quelques sortes que « sans Hadopi », les jeunes photographiés ne seront pas la « révélation de l’année 2020 », « l’album rock de l’année 2024 » ou encore « le prix littéraire de l’année 2022 » …
On ne peut qu’être d’accord avec le slogan de cette campagne « la création de demain se défend aujourd’hui ». Mais de quelle création parle-t-on ? Celle des prochains prix littéraires ou séries TV à succès, qui sont majoritairement gérées par des majors du disque, des consortiums télévisuels ? Les choses me paraissent un peu plus ouvertes que cela. Et les « usages culturels responsables » ne sont pas simplement ceux que cherche à promouvoir l’Hadopi.
Les créations, avec le numérique, développées par une multitude d’artistes, dans une multitude de lieux, me paraissent aussi être ces créations de demain. Celles qui dès aujourd’hui, et depuis près de 15 ans, proposent un regard sensible sur notre monde globalisé-informatisé-informationné. Celles qui, dans une évolution de rapport aux publics, aux scènes, aux écritures, dessine petit à petit les contours de la création contemporaine autant que de ses nouveaux modes de diffusion. Cette évolution que les Industries Culturelle peinent à trouver. « L’in-discipline » de ces nouvelles formes, et le soutien tâtonnant des politiques publiques, menace aujourd’hui plus certainement cette culture en train de se fabriquer, que l’usage « indiscipliné » du réseau !
Mais dans quelles cases mettre cela ? La grande question ! Ni dans le prochain « prix littéraire », ni dans le prochain « album de l’année ». A côté. Comme cela se fait depuis toujours ! Des usages responsables aujourd’hui ? C’est rencontrer ces nouvelles formes, en construire les liens avec nos cultures, les pratiquer, les mettre en perspectives, les regarder, les critiquer, les diffuser, en parler … Les user !
Bon été
Emmanuel Vergès



