//SITES ZINC
Le lieu
RAMI
ANIMANET

///produire > En cours

Terres arbitraires
Installation immersive
Nicolas Clauss

« Il nous reste toujours des terres arbitraires », Aimé Césaire (Cadastre, Ode à la Guinée)

Regards coulés sous la capuche, mines renfrognées et sourires soudains, portraits en solitude ou groupes d’amis bras dessus, bras dessous, l’installation de Nicolas Clauss égrène en un noir et blanc lumineux et doux 300 portraits co-construits de jeunes gens qui vivent dans la brique du Nord, dans le béton d’Evry ou les cités de Mantes-la-Jolie. Les 28 écrans synchronisés composent un amphithéâtre des banlieues, où apparaissent aléatoirement les noms des 1200 quartiers des 751 Zones Urbaines Sensibles inventoriés par l’Etat français : les Pyramides, les Epinettes, les Trois Ponts, le Mirail, l’Estaque… Ces corps mis en scène, qui s’adressent directement à la caméra et donc au spectateur, jouent du stéréotype socialement construit du « jeune de banlieue » et témoignent surtout de la vérité de chacun, dans la beauté de sa jeunesse, de ses doutes et de son désir de vie. Une création sonore composée à partir de 200 fragments reconstitue le bruit médiatique autour des cités : publicité des années 50 pour les grands ensembles, extraits de journaux télévisés, discours politiques, analyse de sociologues, tensions, paradoxes, mythologies contemporaines et silences suspendus… Cette installation est un work in progress, qui se poursuivra et s’enrichira à Marseille, sur des axes Nord/Sud, Est/Ouest sillonnés par Nicolas Clauss, peintre venu aux tableaux interactifs et nourrissant sa recherche plastique d’interrogations de plus en plus politiques.

L’histoire du projet :

En 2009, une nécessité s’impose à Nicolas Clauss : après presque une décennie à fréquenter de nombreux quartiers populaires, la dégradation d’une situation politique et sociale de plus en plus critique l’amène à revenir sur la spécificité et la complexité de ces territoires. Avec le soutien du Théâtre de l’Agora à Evry, il met au point une résidence pour rencontrer, de façon informelle et avec des complices locaux, des habitants du quartier des Pyramides à Evry, pour réfléchir à une oeuvre qui traite de la représentation de ces quartiers.

De cette réflexion, il pense un dispositif sensible proposé au spectateur comme une expérience esthétique, immersive, sonore et visuelle dont l’objectif est de faire coexister une diversité de regards, de propos et de points de vue. Un dispositif qui met en scène, en espace et en perspective des corps filmés, des regards confrontés aux différents discours idéologiques, politiques et médiatiques que ces territoires continuent de susciter.

Aujourd’hui, Nicolas Clauss souhaite poursuivre et développer le mouvement initié à Evry. Plusieurs pistes se dessinent aujourd’hui pour la suite de ce projet, avec divers partenaires culturels producteurs entre Mantes la Jolie, Montreuil, Roubaix et Marseille.

Le déroulement du projet : Des Pyramides d’Evry aux quartiers marseillais, écriture visuelle et écriture sonore

Pour Nicolas Clauss, il s’agit de continuer l’écriture du projet dans sa forme et son contenu. L’écriture se construit sur trois axes :

  • le matériau visuel (intégrant notamment des éléments textuels),
  • le matériau sonore
  • l’installation de l’œuvre dans l’espace et la circulation des contenus à l’intérieur de cette scénographie générale (images/sons/textes).

Lors de son travail à Evry, avec la complicité de deux jeunes habitants à qui il a confié des petites caméras vidéo, l’artiste a rencontré de façon informelle de nombreux résidents des Pyramides.

Chaque rencontre, chaque interaction nourrit une réflexion et alimente le matériau (visuel et sonore) fait d’entretiens, d’ambiances enregistrées, d’images filmées sur le vif ou mises en scène.

Très vite, au fil des rencontres et du tournage, Nicolas Clauss a fait le choix d’aller à l’essentiel : ne garder que des portraits de jeunes, qui regardent la caméra et donc nous regardent. Ces jeunes gens sont des hommes de 15 à 30 ans environ. Ce choix est né entre autres, du constat que dans les médias comme dans les discours politiques c’est cette « catégorie » parmi tous les habitants des quartiers populaires qui est pointée. Le « jeune de banlieue » serait une catégorie indivisible, monolithique, étanche à la nuance ; une figure qui concentre toutes les attentions, tous les regards (souvent de biais), toutes les craintes et beaucoup des enjeux politiques et médiatiques.

Terres arbitraires (1er mouvement)

Parallèlement au tournage des portraits, l’artiste a collectionné des matériaux sonores composés de bribes de discours sur les quartiers populaires. Ils évoquent les populations et les multiples sujets qui s’y rattachent (emploi/précarité, identité nationale/immigration, insécurité /insécurité sociale, traitement social/pénal, etc.). Les sons qui circulent dans le dispositif parlent contrairement aux images, de l’ensemble des habitants des quartiers populaires (hommes, femmes, jeunes, vieux, etc.)

En allant sur de nouveaux territoires, dans d’autres villes, à la rencontre d’autres habitants, Nicolas Clauss souhaite réaliser de nouveaux portraits, dont les mises en scène seront des collaborations ; il y aura des allers retours pour arriver à des images signifiantes destinées à enrichir et à diversifier le corpus de l’œuvre. Il ne s’agira donc pas d’un travail circonscrit à un seul territoire, réduit à un quartier particulier mais d’une œuvre qui réunira virtuellement et symboliquement des portraits venus de zones géographiques éclatées sur tout le pays. Ni victimisation, ni angélisme, cette œuvre est une mise en scène dans une forme plastique du déferlement (voire du vacarme) des discours concernant ces espaces urbains et leurs populations, confronté à des portraits qui mettent en avant l’humanité souvent gommée par des approches statistiques, administratives et politiques.

Pour voir le site de Nicolas Clauss : http://www.nicolasclauss.com/

Voir la vidéo de Terres arbitraires (1er mouvement - Evry) Voir la vidéo de Terres arbitraires (3ème mouvement - Marseille )

Écouter l’interview de Nicolas Clauss par Xavier Thomas - Radio Grenouille.

Les portraits ont été filmés à Evry, Roubaix, Marseille, Mantes-la-Jolie ou encore Montreuil.

Coproduction : Nicolas Clauss, Théâtre de l’Agora-scène nationale d’Evry et de l’Essonne, ZINC-Friche la Belle de Mai et l’EPCC La Condition Publique. En partenariat avec la Maison Populaire de Montreuil et avec le soutien du DICRéAM (CNC), d’Arcadi et de DRJSCS-DRAC PACA (Identités, Parcours & Mémoire 2011).


tags




Accès
ZINC
Équipe